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Echo Collective

À la recherche du son ultime

Artistes Classique & Contemporain
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Pour Deutsche Grammophon Gesellschaft et en hommage au compositeur disparu Jóhann Jóhannsson, le combo bruxellois donne vie à 12 Conversations with Thilo Heinzmann, dialogue électif entre musique et peinture.

Dominique Simonet

Entamée il y a six ans, la belle aventure Echo Collective atteint un nouveau sommet avec la parution de l’album 12 Conversations with Thilo Heinzmann, composé par feu Jóhann Jóhannsson, sur l’étiquette de référence Deutsche Grammophon Gesellschaft (DGG). Ce n’est pas la première fois que la formation basée à Bruxelles collabore avec le compositeur islandais et l’étiquette germanique, association inaugurée par Orphée en 2016. Célèbre pour ses musiques de film, Jóhannsson avait pour ligne directrice l’association de la musique avec d’autres formes d’art, littérature, théâtre et, ici, peinture, représentée par Thilo Heinzmann. Ce 12 Conversations est le résultat de quatre années d’entretiens. À l’origine du projet, la britannique « Richard Thomas Foundation » a tenu à ce qu’Echo Collective assure l’interprétation de cette œuvre en douze thèmes. Pianiste, harpiste et surtout violoniste, Margaret Hermant, coleader de la formation avec Neil Leiter, en explique les raisons.

Comment est né Echo Collective ?
Margaret Hermant
 : D’une collaboration avec le duo américain A Winged Victory for the Sullen, dont les protragonistes Adam Wiltzie, qui habite Bruxelles, et Dustin O’Halloran ont beaucoup travaillé dans la musique de film. Dustin a notamment fait la musique de Marie Antoinette. Avec Neil Leiter, mon copilote dans Echo Collective, on a décidé de poursuivre cette recherche de son née de cette collaboration.

Wiltzie et O’Halloran font de la musique ambient, sous influence de Brian Eno… Loin de votre univers finalement.
C’est la vie qui nous a amenés vers cette recherche. Sur le chemin, des portes s’ouvrent, il faut savoir saisir l’opportunité. Je n’étais pas consciente de cette musique dite post-classique. On a aussi joué avec Stars of the Lid, dont Adam Wiltzie est la moitié, ainsi qu’avec Christina Vantzou (compositrice et cinéaste d'origine grecque née à Kansas City et qui vit aujourd’hui à Bruxelles – ndlr). Après, nous avons eu la chance de rencontrer ce compositeur incroyable qu’est Jóhann Jóhannsson, avec lequel nous avons tourné pendant deux ans.

Avec qui vous avez réalisé Orphée.
Avec lui, ça a vraiment marché artistiquement. Il était assez ému d’être entendu et compris sur ce qu’il voulait communiquer musicalement. Après Orphée, il a voulu continuer la collaboration, il a écrit le quatuor 12 Conversations with Thilo Heinzmann et puis il est mort, l’an dernier, à 48 ans…

Comment travailliez-vous avec Jóhannsson ?
C’est le genre de compositeur qui a besoin de travailler avec les interprètes, afin de s’inspirer, de peaufiner. Pour lui, s’entourer des bonnes personnes artistiquement était une chose compliquée, et une fois qu’il les avait trouvées…

Mais vous n’aviez pas connaissance de la partition à son décès.
On en avait parlé, on s’était donné rendez-vous pour commencer à travailler ce quatuor ensemble. Du coup, on a lu les partitions. Cela sonnait Johann. On s’est juste inspirés du travail déjà fait avec lui, de la façon avec laquelle il parlait de sa musique.

Selon quelle méthode ?
Nous n’avons rien modifié du texte. Ce sont des partitions type Arvo Pärt ou Bach si on va plus loin, avec très peu d’annotations. Pour nous, le fait de travailler avec lui permet d’ajuster son vocabulaire. À lui, cela permettait de donner quelques indications. Par rapport à ces indications, sur Orphée, il avait senti qu’il y avait une certaine compréhension directe de notre part. Pour lui, sa musique était comprise et jouée comme il l’entendait.

12 Conversations a été enregistré au studio Teldex à Berlin, une ancienne salle de bal du XIXe siècle, reconvertie par Telefunken/Decca. Pourquoi ce choix ?
Dans ce genre de studio, on ne doit rajouter aucun effet, seule l’acoustique compte. Pour que ce genre de musique puisse sonner et respirer, il faut une certaine réverbe dans la salle. Comme pour Bach et Pärt, ce sera toujours mieux joué dans une église plutôt que dans une salle sèche ou à l’extérieur. Et on va essayer de reproduire cet espace sur scène avec l’amplification.

Une technique que vous utilisez aussi avec votre quatuor à cordes MP4. Selon quels principes ?
En acoustique, on travaille sur la projection du son, avec une grande précision d’exécution. Dans l’amplification, les micros sont très proches de l’instrument, donc il ne faut plus travailler la projection du son pour traverser la pièce, mais sur la manière dont le son va être émis à une petite distance, en se focalisant sur les détails. En fonction de la salle, un son amplifié peut être traité,  avec réverbe, en enlevant ou en ajoutant certaines fréquences.

Il faut un fameux ingénieur du son…
C’est lui qui met en valeur des couleurs instrumentales et des techniques spécifiques qui ne peuvent être réalisées en acoustique. Par exemple descendre extrêmement bas en volume sonore tout en amplifiant très fort, ce qui donne quelque chose de particulier. L’amplification ouvre des palettes sonores toutes nouvelles. C’est l’une des originalités d’Echo Collective, nous ne jouons qu’amplifiés.

La musique des 12 Conversations est très méditative. Avec une dimension mystique ?
Pas au sens religieux, mais au sens vibratoire de la musique et de ce qu’elle dégage. Elle est calme et méditative, dans une époque où tout va trop vite, les gens ont besoin de cela.

Et vous, qu’avez-vous ressenti en donnant vie à cette œuvre posthume ?
Moi, la musique de Jóhann, j’adore. C’est quelque chose qui me parle directement et un univers sur lequel je suis directement connectée. La première fois que j’ai collaboré avec lui, c’était dans une espèce d’état de grâce. Ce disque témoigne de cette collaboration. C’est aussi un hommage que l’on rend à la demande qu’il nous a faite. On s’est dit qu’il fallait aller au bout du projet.

www.echocollective.be

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Echo Collective
12 Conversations with Thilo Heinzmann
Deutsche Grammophon Gesellschaft / Universal Music.