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Interprète, académie de musique, avocat spécialisé, pop-rock, compositeur, instrumentiste...

Le 77

Triple impact

Artistes Musiques Urbaines
Le 77 (c) Elie Carp
Le 77 (c) Elie Carp

Avec la sortie de ULTIM, second volet des travaux du trio, Le 77 assoit sa notoriété en Belgique et chevauche désormais par-delà les frontières du plat pays qui les a vu émerger. Entre humour potache et rythmiques funky, les Bruxellois Peet, Morgan et Félé Flingue font souffler un vent de fraîcheur qui décoiffe sur une scène rap noire-jaune-rouge qui n'en finit pas de sortir des surprises corsées de sa grande casquette. Intercepté à son retour de Suisse, le triangle de Laeken retrace le chemin parcouru depuis les premières rimes. Genèse de stylzzz. 

Nicolas Capart

Le 77, c'est une histoire de copains... Qui commence quand et avec qui ?
Peet :
Morgan et moi on se connaît depuis 14 ans, à peu de choses près. On était à l'école ensemble et nos chemins ne se sont jamais séparés jusqu'à aujourd'hui. Puis, il a changé d'école...
Morgan: Quand j'ai rencontré Pierre, j'avais 11-12 ans. Vers 16 ans, je suis parti à Soignies, à l'internat St-Vincent où j'ai rencontré Félix et on est devenus potes. Généralement, quand tu quittes l'école d'un ami, tu perds de vue cet ami. Pas ici. Pierre et moi, on a continué à se voir en dehors, on faisait du skate, on a fait les scouts. Ensuite, on a commencé à faire la fête ensemble et il s'est avéré qu'on s'accordait plutôt bien sur ce terrain (rires). Je quitte l'internat un an plus tard mais Félix reste dans ma vie, on s'envoie des messages de temps en temps, on se voit à l'occasion, dans des concerts, des festivals au fil des années...

Vous touchiez un peu à la musique à l'époque ? Vous étiez déjà fans de rap ?
Peet:
Après le secondaire, j'ai commencé à rapper. C'était le tout début... Et rapidement, Morgan s'est mis à faire de la musique avec moi.
Morgan : À l'époque, je n'avais jamais fait de prod'. Mais je m'y étais un peu intéressé via un gars avec qui j'étais à l'école et qui s'appelait Elvin Galland, un musicien de jazz. Il m'avait montré quelques logiciels pour faire du son et ça m'avait passionné. Un jour, au local scout, Pierre me fait une démo de ses premiers raps et je suis scotché. Il partait pour six mois au Pérou dans la foulée. Du coup, je lui ai dit: Quand tu reviens, j'aurais appris à faire des prods! Et je nous débrouille un mini-studio pour enregistrer... À son retour, j'avais acheté un SM58, une carte-son, des petites enceintes pourries, de quoi enregistrer des petites maquettes et s'amuser.

Le 77 est un carré équilatéral : vous considérez Rayan, votre manager, comme un vrai membre du groupe. Vous le rencontrez à quel moment ? 
P. :
On avait déjà un projet qui s'appelait Alma One et donc on a continué à s'investir dans ce groupe. À mon retour, j'avais la vingtaine et je me suis inscrit à l'INRACI (une école supérieure audiovisuelle bruxelloise - ndlr.), où j'ai fait la connaissance de Rayan, qui aujourd'hui est le manager et le quatrième membre – à part entière – du 77. Morgan s'est aussi inscrit à l'INRACI dans la foulée et rapidement on est devenu très potes avec Rayan. On lui parle de musique, on lui dit qu'on cherche un studio et Rayan nous en installe un dans la cave chez ses parents.
M. : Quand on tendait les bras on touchait les murs, la pièce était hyper étroite, toute en longueur... Mais c'était nickel !  
Félé Flingue : Au début, Rayan n'était pas du tout là-dedans. Et soudain, il se retrouve avec trois potes qui se lancent dans la musique... Pendant un an, comme il touchait déjà à la vidéo et au montage, on le considérait comme quelqu'un qui faisait bien plus que la promo. Lui n'avait pas du tout envie de jouer le rôle du papa, surtout avec nous... C'était un job compliqué ! Mais on vivait ensemble et, petit à petit, il a pris cette responsabilité très au sérieux. C'est le seul qui a vraiment fait des sacrifices pour nous... Il fait un super boulot, il est super impliqué et, aujourd'hui, il a vraiment envie de faire carrière dans le management (...) On n'a pas du tout voulu le mettre en avant, juste lui donner sa vraie place au sein du projet.

Pour reprendre le fil de l'histoire, quand est-ce que Félix fait son retour dans vos vies ?
M. :
Rayan et moi on quitte l'INRACI après un an et on entame une formation. Le premier jour, j'entre dans la classe et qui je vois assis au premier rang... Félix Zuyten ! Je l'avais recroisé une fois ou deux, notamment en allant voir des concerts de L'Or du Commun (où Félix œuvrait sous le blaze Félé Flingue - ndlr) ou lors de FoSCup à l'ULB (des jams sessions organisées les mardis soirs - ndlr). L'histoire se poursuit et on se retrouve de plus en plus souvent à faire des tours dans la voiture de Rayan en rappant avec Pierre, Félix et Simeon (alias Swing, membre de L'Or du Commun - ndlr). Je me souviens d'une soirée légendaire commencée à une FoSCup et terminée au Cinquantenaire à enchaîner les rimes et à faire la fête... L'ambiance, elle était haute, elle était forte, elle était belle ! (...) J'avais un petit appart à Uccle à l'époque et Peet, Rayan et Félix étaient toujours fourrés chez moi, on passait le plus clair de notre temps à quatre et des liens très forts s'étaient noués entre nous. Du coup, l'envie de vivre ensemble est née et on a trouvé une maison à Laeken... au numéro 77.

La fameuse collocation, le lieu du crime, là où tout a commencé.
F. F. :
À ce moment-là, j'étais encore membre de L'Or du Commun, que j'avais co-fondé jadis. Et Peet bossait toujours sur son projet solo. Mais on avait un studio au 77 et on rappait souvent ensemble. De là est né un morceau, puis deux, puis trois... Assez naturellement, j'ai décidé de quitter L'Or du Commun, mais ça s'est fait dans la bonne entente et sans aucune rancune. Et on a créé un groupe avec Peet et Morgan : Le 77, comme notre adresse. Du côté de Tour&Taxis, dans le quartier Marie-Christine, qui est en train de revivre et qui change de visage tous les mois. Avec une grosse communauté turque et musulmane, un quartier très familial... où il a fallu le temps de s'acclimater.
M. : Au début, on faisait un peu tache. La première année, ça a été un peu rock'n'roll. Pour notre pendaison de crémaillère, il y avait près de 150 personnes. Nos voisins ont un peu ramassé (...) Mais aujourd'hui, ça va, on s'est bien implantés.

Vous avez un manager, 4e membre du groupe, et aussi un DJ qui rappe/backe, chose plutôt rare dans le monde du hip hop. Mais Morgan n'est pas le seul à signer les instrumentaux...
M. :
Je faisais les instrus mais Peet aussi touchait à la production. C'est d'ailleurs lui qui a produit tous ses morceaux solos. Et pas mal de tracks du 77 aussi. Sur ULTIM, on s'est partagé le boulot et il y a en plus deux beatmakers extérieurs : deux fois Phasm et une fois Daiko. Pour ce qui est de backer au micro c'est venu tout seul... Je n'ai pas pu me retenir, et les copains ne m'en ont pas empêché. J'adore... À un moment donné, j'ai toujours besoin de sauter au milieu de Peet et Félix.
F. F. : C'est juste que Morgan a une énergie de dingue ! Impossible de la canaliser. Et pas du tout envie d'ailleurs de la calmer. Ça apporte encore un plus au show, on adore ça nous aussi.

Les choses marchent plutôt bien pour Le 77, mais vous avez encore un job à côté ?
F. F. :
Peet et Morgan bossent dans l'hôtellerie depuis toujours... En ce moment, ils travaillent tous les deux chez Nona, une pizzeria dans le centre-ville. Moi aussi, j'ai longtemps travaillé dans l'horeca mais depuis peu je travaille plutôt dans le social. J'ai un mi-temps chez PROMO Jeunes, je suis éducateur de rue dans le quartier Anneessens. Je suis là pour faire du constat, écouter les jeunes et leur apporter une voix politique. Pour faire le lien, parce qu'eux ne peuvent pas venir s'exprimer auprès du bourgmestre en cas de problème... Ils ne sont pas pris au sérieux (...) On a souvent craché sur la chose politique mais, avec l'âge, ça nous intéresse de plus en plus. Il y a des choses autour de nous qui nous révoltent, et il y a un système en place, donc le connaître permet d'espérer parfois faire un peu bouger les lignes.
M. : La politique, on n'y comprend pas grand-chose, c'est un domaine totalement abstrait pour les jeunes. Mais on doit s'y intéresser un minimum sinon les gars feront ce qu'ils veulent... et on ne pourra pas se plaindre. L'incompréhension et le désintérêt de la jeunesse sur ces questions leur confèrent un pouvoir supplémentaire. Nous, on déteste l'injustice, évidemment... Aujourd'hui, avec le 77, on n'a pas de discours politique, mais plutôt un discours humain lié à la politique.  
F. F. : En musique, ça apporte un thème, c'est juste une couleur sur laquelle on va coller des notes et des lyrics... Avant tout, il y a un point de vue artistique, ce n'est pas une démarche militante. Mais il nous arrive de dire, de souligner, dénoncer ou manifester notre désaccord. J'appelle ça de la politique brute. Ça sort naturellement.

Comme vos collaborations avec le MC Zwanguere Guy, qui font fi des tensions communautaires et démontent la frontière linguistique à Bruxelles.
F. :
J'écoutais pas mal Stikstof, je connaissais Zwangere Guy et j'avais très envie de bosser avec eux pour faire un morceau rap en français et en néerlandais. Je ne comprenais pas pourquoi ça n'existait pas, pourquoi personne ne l'avait fait avant, pourquoi la musique était scindée alors qu'on vivait tous dans la même ville... Je suis allé les voir chez eux, on a commencé par un freestyle qui d'ailleurs est toujours disponible sur Soundcloud (...) Aujourd'hui, on est très fier de notre collaboration. Le ''G'' nous a fait jouer lors de ses premières parties en Flandre, nous on l'a emmené sur scène avec nous à Paris, à Charleroi... Un Flamand à Charleroi, c'était un pari fou ! Mais il a un tel charisme qu'il peut rapper n'importe où, et forcément ça va marcher.

Ça vient d'où Bawlers ? Quelle en est la signification ?
P. :
On a un peut inventé le terme, ou du moins on l'utilisait déjà quand on s'est aperçu que ça existait aux States. En gros, ça décrit quelqu'un qui est très respecté dans son quartier, qui est souvent entouré de femmes et qui a beaucoup d'argent. Presque un mac' quoi...
F. F. : Pour nous, c'est surtout une personne qui se donne à fond dans ce qu’il fait, qui est créative et vraiment originale... Un gars qui assume son truc quoi qu'il arrive, hors des codes, sans peur des jugements ou du ridicule. Comme un mec qui va venir faire un spectacle de rue en crachant du feu ici au milieu du Parvis de St-Gilles (où cette conversation a lieu - ndlr)... Lui c'est un bawler.
M. : Ou le gars qui est fanatique de course à pieds, qui court à 23,8 km/h, qui sort tous les matins et que tu vois passer le regard pointé vers l'avant, déter', avec son mini-short et ses baskets fluos sans prêter attention aux autres. Ça c'est un bawler ! Le bawlerisme c'est une religion quasiment. Accepte, respecte, comprend et aime... C'est la religion de l'empathie. La plus belle des émotions qui existent. Plus tu en as, mieux tu es.

Pour conclure, un confrère vous décrivait comme les enfants illégitimes des Snuls et des Beastie Boys ? Ça vous parle ?
F. F. :
Exactement mec ! On adore les Snuls, je connais bien Frédéric Jannin... Complètement d'accord.
M. : Plus les Snuls que les Beastie Boys. Même si je valide aussi le croisement. Mais il faut ajouter un troisième papa un peu rock'n'roll dans l'affaire... Genre une bonne crasse belge « in-nettoyable » à la Arno ! Ou les Gauff' au Suc' ! 

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sous-catégories : Groupes (musiques actuelles) genres : Musiques Urbaines (hip hop)
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Le 77, c’est une collocation de Laeken qui a créé un groupe de hip-hop en août 2015. Le 77 est composé de 4 membres : Peet (mc, beatmaker, ingénieur son), Félé Flingue (aussi membre de L’Or du Comm...