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Interprète, académie de musique, avocat spécialisé, pop-rock, compositeur, instrumentiste...

Monolithe Noir

Transmutation

Artistes Electro
DR
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Fil vert sur le bouton vert, fil rouge sur le bouton rouge : Monolithe Noir tripote les câbles suspendus à son synthétiseur modulaire pour en extraire des sons extraordinaires. Entre oscillateurs, filtres, amplificateurs et générateurs d’ondes positives, le bidouilleur-batteur enregistre Slowly Changing, le bon trip électronique de ce début d’année.

Nicolas Alsteen

Certaines carrières s’ébauchent au hasard des rencontres. Celle de Monolithe Noir, par exemple, s’écrit, par accident, sur un banc d’école. Dans ma classe, j’avais un super copain, détaille Antoine Pasqualini, lunettes sur le nez et sandwich boulette à la main. Il passait ses week-ends chez les scouts. Par amitié, je voulais le rejoindre. Mais cette idée est vite écartée... Parce que mes parents sont athées. Pour eux, le scoutisme est un truc inconcevable. Heureusement, mon pote jouait de la batterie. Comme les scouts m’étaient interdits, j’ai tenté ma chance avec la musique. Cette fois, je n’ai  rencontré aucune opposition... Devenu majeur et batteur, Antoine Pasqualini transpose d’abord son amour de la pop dans les chansons d’Arch Woodman, vrai-faux groupe agencé autour de ses propres lubies. Parti étudier la sociologie à Paris, le Breton monte ensuite Silence Radio, formation dont les fréquences fluctuent entre envies bruitistes et rock adolescent. Ce nom de scène était un clin d’œil au premier album solo de Serge Teyssot-Gay. Nous étions dans un délire à la Sonic Youth, précise-t-il. Entre la musique et les cours, j’assurais des baby-sittings pour payer un petit studio de banlieue. Je passais mes journées à courir dans le métro. Mais, à un moment, j’ai craqué. Le rythme était trop soutenu… Antoine Pasqualini délaisse alors études et couches-culottes au profit d’un stage dans le secteur musical. Je suis devenu attaché de presse pour Didier Super et Femi Kuti, révèle-t-il. Entre-temps, j’ai repris du service avec Arch Woodman sous l’impulsion de Botibol, un musicien bordelais proche de J.C.Satàn. Lui était plutôt branché folk, mais ses idées me stimulaient. Je l’ai donc rejoint à Bordeaux. Là-bas, dans un club, Arch Woodman a l’opportunité de jouer en première partie de Jeffrey Lewis. Le concert a commencé sur une guitare acoustique. Puis, j’ai poursuivi en triturant des synthés. Historiquement, cette performance marque les débuts de Monolithe Noir.

En 2013, le garçon pose ses valises à Bruxelles. Cette arrivée coïncide avec l’apparition des premiers sons de Monolithe Noir sur Internet. À l’époque, je ne travaillais pas encore sur un synthé modulaire, souligne-t-il. J’ai découvert cet appareil, un peu plus tard, via Benoît Guivarch, ex-guitariste d’Arch Woodman. À ses heures perdues, il réparait amplis et synthés pour leur offrir une seconde vie. Aujourd’hui, des mecs comme Etienne Jaumet (Zombie Zombie) viennent frapper à sa porte pour lui demander de rafistoler du matos. C’est lui qui m’a bricolé mon premier synthétiseur modulaire. Repéré par le jeune label allemand KODX, Monolithe Noir signe alors deux EP’s en format digital. De quoi se réjouir, mais insuffisant toutefois pour se nourrir. Obligé de passer par la case « job alimentaire », Antoine Pasqualini dégote un taf de roadie. Pendant deux ans, j’ai soulevé des amplis et des pieds de micro pour Charles Aznavour ou Laurent Gerra. À force de pousser des caisses pour les autres, j’ai appris à mettre mon ego de côté... Heureusement, quand j’étais à Paris, j’avais fait la connaissance du gérant de Balades Sonores, un disquaire indépendant qui souhaitait implanter une succursale à Bruxelles. De fil en aiguille, nous avons trouvé un local sur la rue Royale. Le bail était précaire, le lieu en mauvais état. Tout était à faire, mais j’étais motivé. J’adorais discuter avec la clientèle, organiser des petits concerts et contacter les labels. Après, s’occuper d’une boutique, c’est ultra sédentarisant. Ça laisse peu de temps libre... En février 2018, il cède ainsi les clés du magasin et publie une cassette audio sur Luik Records. Intitulé Le Son Grave, l’objet enferme huit pistes et autant de grilles de lecture pour appréhender le style Monolithe Noir. Reliant les circuits d’un synthé modulaire, l’artiste esquisse les contours d’une bande-son électronique et lancinante, perforée d’infrabasses grésillantes et de drones hypnotiques.

De retour avec le EP Slowly Changing, Monolithe Noir repousse à présent les limites de son territoire. Lentement, mais sûrement, la métamorphose opère. En quatre titres nimbés de brumes électromagnétiques, quasi shoegaze, l’artiste ravitaille sa musique en idées fraîches : nappes ambient et rythmiques krautrock côtoient ici le chant envoûtant de l’invité d’honneur, Peter Broderick. Ce dernier, proche de Nils Frahm, prête sa voix à la mélodie de By Twos. Au départ, il n’était pas certain d’avoir une minute à me consacrer. Pourtant, trois jours plus tard, il m’envoyait une chanson sur ce sujet : le morceau explore le thème du dévouement. Généreux donateur, Peter Broderick est assurément une plus-value pour Slowly Changing. J’ai trouvé le titre du EP en lisant une interview d’Éliane Radigue, compositrice d’avant-garde dont l’esthétique se situe à la croisée du minimalisme, de l’électronique et de la musique concrète. Je suis obsédé par sa Trilogie de la Mort, une œuvre méditative qui explore les textures sonores et plante le décor de ce qu’on appellera plus tard le drone. Si ce nouvel enregistrement accentue la mue de Monolithe Noir, certaines choses ne changent pas. Je joue toujours de la batterie, indique Antoine Pasqualini. Je collabore avec  des groupes comme Fabiola, Haring, Insecte ou TRESOR. J’ai besoin de me dépenser physiquement et de fréquenter d’autres musiciens. Sans ça, je deviendrai complètement fou. Mais jusqu’ici, tout va bien.

www.facebook.com/noirmonolithenoir

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Monolithe Noir (EP)
Slowly Changing
Kowtow Records