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Interprète, académie de musique, avocat spécialisé, pop-rock, compositeur, instrumentiste...

Daniel Dzidzonu

Make African Music Great Again

Artistes world music
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Le trompettiste et leader d'orchestre Daniel Dzidonu prône un recours à l'authenticité de la musique africaine. Au lieu de copier la pop américaine, les jeunes Africains devraient se plonger dans notre riche héritage pour créer de nouveaux sons. Fela Kuti, Miriam Makeba, Hugh Masekela, Salif Keita, Mory Kanté, à cette époque, la musique africaine était fraîche ! Moderne mais africaine ! C'est exactement ce qu'il fait sur son album Walls of Wonder, ayant Fela et Tony Allen comme inspiration majeure pour créer un afrobeat moderne qui veut « rendre sa grandeur à l'Afrique ».

Benjamin Tollet

Daniel Dzidzonu est né à Lomé, la capitale togolaise en 1985, où il a grandi avec la riche culture musicale d'Afrique de l'Ouest. Tout petit, il se fascine pour les cuivres et suit de près le brass band de son père qu’il accompagne dans les mariages, enterrements et autres cérémonies religieuses. À l'âge de 16 ans, il devient le leader de l'orchestre et commence à composer sa propre musique, en s'inspirant du blues, du gospel et des musiques traditionnelles africaines.

Depuis son arrivée en Belgique en 2009, on a surtout vu Dzidzonu opérer dans des groupes d'afrobeat, avec Oghene Kologbo notamment (ancien guitariste de Fela), ou avec son propre orchestre. Que son dernier single Remember Masekela ne fasse pas directement référence à Fela ou Tony Allen ne devrait pourtant pas surprendre. Car le plus grand trompettiste africain pourrait s'appeller Hugh Masekela. Il a été d'une influence fondatrice pour le petit Daniel. Masekela, c’est l'icône de la trompette africaine. Avec sa musique il a lutté contre l'Apartheid. Il s'est servi de sa musique pour montrer au monde ce qu'il se passait dans son pays. Il a dû fuir et vivre de longues années en exil, où il a joué avec le plus grands du jazz américain tout en conservant son identité africaine, raconte Dzidzonu, son nouvel EP fraîchement pressé entre les mains.

Tout comme la Heritage Foundation créée par Hugh Masekela, Dzidzonu veut reconnecter les Africains avec leur magnifique héritage. Masekela parlait de restauration de l'héritage africain. Il détestait les faux cheveux et autres caractéristiques externes qui reniaient l'identité africaine, nous dit encore Dzidzonu. On relaie souvent dans les médias que les Africains sont des sauvages, mais c’est pourtant l'inverse. Les Africains sont un peuple fier, ayant une culture qui remonte loin, bien avant l'arrivée des premiers blancs sur le continent noir. Il faut montrer à notre jeunesse qu'ils peuvent être fiers de notre culture. Ils doivent prendre conscience de notre richesse. Si les Belges sont fiers de leur héritage comme disons, les frites et les gaufres, pourquoi l'Africain ne pourrait-il pas être fier de son manioc et de son foufou ? 

Dzidzonu est au premier plan d'une nouvelle génération qui veut remettre le son africain au centre de leur musique. Pourquoi suivre aveuglement ce qui se fait aux États-Unis ? Le jazz, le hip-hop, la funk, c'est bien tout ça, mais nous avons notre propre richesse culturelle. Une variété inouïe de musique à explorer ! 

Ses deux premiers LP Unknownland en 2016 et Vikpomé en 2017 sont de beaux exemples de ce qu'il appelle « l'afrobeat moderne »: une musique née dans la culture africaine, ayant grandi avec les influences mondiales comme le jazz, le funk ou la musique contemporaine, mais chérissant l'authenticité du son africain. C'est pourquoi Daniel Dzidzonu se présente souvent avec une toque du style Mobutu sur scène, un clin d'oeil au recours à l'authenticité de « l'ancien homme fort congolais ».

Sur son prochain album Walls of Wonder qui sortira début 2019, on retrouvera les meilleurs morceaux de ses deux LP ainsi que quelques nouveaux titres auxquels il met la dernière patte au moment de la sortie de ce magazine. Walls of Wonder, car les merveilles existent encore ! Peu importe la situation, il faut toujours continuer à croire à la vie ! À en croire Dzidzonu, l'une de ces merveilles pourrait bien être un retour en force de la « vraie »musique africaine !

www.danieldzidzonu.com

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Daniel Dzidzonu
Remember Masekela