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Interprète, académie de musique, avocat spécialisé, pop-rock, compositeur, instrumentiste...

Mustii

L’artiste qui venait d’ailleurs

Artistes Pop - Folk - Rock
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Comédien diplômé à l’IAD, Thomas Mustin s’est imposé sur les écrans, petits ou grands, au même moment où il explosait avec son projet musical Mustii. Deux ans après le succès de la série télé La Trève et une première salve de concerts euphoriques, il sort son premier album. Mélange de fiction narrative et de réflexion, 21st Century Boy s’interroge sur notre place dans la société tout en confirmant  la quête pop de son auteur. Un disque intelligent et fédérateur. Rencontre avec le garçon dont on va beaucoup parler ces prochains mois.

Luc Lorfèvre

Le 21 octobre 2016, à la fin de votre concert au Cirque Royal, vous annonciez la sortie imminente de votre premier album. Pourquoi a-t-il fallu attendre deux années de plus?
Thomas Mustin :
Dans l’euphorie de cette date au Cirque Royal, je pensais que tout allait se dérouler rapidement.  J’étais enthousiaste et aussi naïf. Et puis il y a eu des péripéties contractuelles, un changement de label et surtout plein de propositions au cinéma qui m’ont éloigné de mon projet musical. J’ai dû faire des choix que je ne regrette pas aujourd’hui. Maintenant que mon album est terminé et qu’il correspond à l’exacte idée que j’en avais, je me dis que les planètes se sont bien alignées.  C’est bien d’avoir pris tout ce temps. Quelque part, j’ai l’impression d’être reparti d’une feuille blanche.

Votre premier EP The Darkest Night (2016) baignait dans les ambiances post-gothiques et électroniques alors que 21st Century Boy flirte davantage avec la pop. Comment expliquez-vous ce virage?
Le Mustii du premier EP n’est clairement plus celui de 21st Century Boy. Je reste très fier de The Darkest Night, même s’il y a des choses dans lesquelles je me retrouve moins aujourd’hui. Dès le départ, je savais, du reste, que je n’allais inclure aucun de mes anciens singles dans ce premier album. Non seulement cela n’aurait pas été respectueux vis-à-vis du public, mais je voulais aussi montrer que mon projet avait évolué. Pour la même raison, la plupart des nouveaux titres que j’avais présentés au Cirque Royal en 2016 ne se retrouvent pas sur 21st Century Boy. Avec ce premier album, j’avais envie de dresser un autre fil rouge avec des sonorités plus amples, plus pop, voire plus symphoniques. 

Sur 21st Century Boy, vous avez collaboré avec le producteur/remixeur belge Jim Henderson connu pour travail en solo mais aussi avec Stereoclip et Yaël Naïm. Qu’est-ce qui vous a séduit en lui ?
Je connais Jim depuis 2016. Il était présent au Cirque Royal. Le courant est tout de suite passé entre nous. J’avais besoin d’une telle personnalité pour me rassurer et faire avancer mon projet. Je n’ai jamais appris le solfège. J’ai suivi une formation de comédien à l’Institut des Arts de Diffusion (IAD) de Louvain-la-Neuve. Lorsque je crée des chansons,  je vois des images, des dialogues, des couleurs… Jim Henderson possède le background musical théorique que je n’ai pas. Il sait lire la musique. Il a fait du jazz. Il a un projet electro deep-house. Non seulement il comprend tout, mais il comprend vite et bien. Nous partageons aussi les mêmes références, notamment  Florence And The Machine ou le Peter Gabriel des années 80 dont nous admirons les productions.

En quoi votre culture cinématographique a-t-elle nourri ce premier album?
Même si ce n’est pas un disque concept avec un début et une fin, je voulais trouver un personnage fictif  dont la silhouette traverse toutes les chansons. Ce personnage que j’ai baptisé 21st Century Boy m’a été inspiré par Elephant, le film de Gus Van Sant sorti en 2003. Pour moi, il s’agit d’un des plus beaux longs métrages sur l’adolescence. John, le personnage principal, est un lycéen à la chevelure blonde et au visage angélique, presqu’androgyne, qui subit un trauma (Elephant est inspiré de la tuerie de Columbine aux États-Unis, en 1999, qui a fait quinze morts - ndlr). Il est spectateur d’un monde qu’il ne comprend pas. Gus Van Sant montre ce que John voit autour de lui sans porter de jugement. C’est exactement ce qui se produit avec ce « garçon du 21è siècle » qui est le narrateur de mes chansons. Il est témoin de choses mais reste un pied en dehors du monde.  L’autre grosse référence cinématographique du disque est The Man Who Fell To Earth que Nicolas Roeg a réalisé en 1976 avec David Bowie dans le rôle principal. L’idée de la pochette de 21st Century Boy où j’apparais avec un visage laiteux et androgyne vient en droite ligne de l’affiche de ces deux films.

Le narrateur de vos chansons est seul, vulnérable et plein de doutes. Tout le contraire de ce que vous montrez sur scène.
C’est exact. C’est ma manière à moi de désamorcer les thèmes de ce disque. Si j’interprétais sur scène mes chansons au premier degré, ce serait redondant et particulièrement plombant. Je préfère prendre le contre-pied. Être artiste, c’est aussi ça. Un comédien « joue » une pièce. Un musicien « joue » une partition.  Quand je crée mes chansons, je suis seul dans ma chambre, c’est un truc très intime. Mais sur scène, j’ai envie de communier avec le public et de partager.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile durant l’enregistrement de 21st Century Boy ?
Terminer le disque. Il y a eu beaucoup d’aller-retour sur les chansons.  Souvent,  je pensais avoir obtenu le résultat que j’espérais sur une composition. Je partais sur un tournage cinéma et lorsque je revenais, j’avais le sentiment que je devais reprendre le morceau et l’amener encore plus loin. Ce n’est que cet été que j’ai pu me consacrer exclusivement à l’album sans rien faire d’autre.

Lorsque Larsen vous avait rencontré à l’époque de votre premier EP, vous aviez avoué ne pas vous sentir « légitime » comme chanteur/musicien. Est-ce encore le cas aujourd’hui ?
C’est un sentiment étrange. Je suis très fier du travail accompli et je pense  que les gens saisiront l’honnêteté de ma démarche. J’ai beaucoup réfléchi aux chansons, à la production et à la tournée. Cet album n’est pas un « one shot » ou un caprice entre deux films. Je ne viens pas non plus avec un truc hip-hop ou « new cool » pour coller à la tendance du moment. Par ailleurs, je suis un fan de musique qui ne se contente pas de YouTube ou d’une playlist sur Spotify. Je suis l’actualité, j’achète encore des CD et je vais voir des concerts. Mais pourtant,  comme le personnage du 21st Century Boy je ne sais pas où est ma place.  En cinéma, je connais des tas de gens. On m’invite aux avant-premières, on m’a demandé d’être dans le jury du Festival du Film Francophone (FIFF) à Namur. Bref, je fais partie de la « famille ». Dans le milieu musical, ce n’est pas le cas. Je n’en fais pas un caca nerveux, ça ne me frustre pas. C’est juste un constat.

Vous sentez que vous allez devoir un jour choisir entre votre métier de comédien et celui de chanteur ?
Je ne me pose pas la question.  Depuis que je suis petit, depuis que mes parents m’ont inscrit à des cours de théâtre pour vaincre ma timidité, j’ai voulu devenir acteur. C’était mon rêve. Il est devenu réalité et je n’arrêterai jamais ce métier. Pour la musique, on verra. Je n’ai pas encore rencontré quelqu’un qui mène ces deux métiers de front. Lambert Wilson, avec qui j’ai tourné dans  L’échange des Princesses, le film de Marc Dugain, a sorti un album de reprises. Il avait ses raisons mais savait aussi que c’était une parenthèse. Moi, je travaille sur ce disque depuis longtemps et j’ai eu la chance de pouvoir me faire connaître comme chanteur par le live. Je n’ai pas à me plaindre. Vu de l’extérieur, ma position pourrait être délicate. Moi je vois le positif. Mon métier de comédien peut m’aider pour la musique et vice-versa. Je pense, par exemple, que j’aurais senti un grand vide après le Cirque Royal si je n’avais pas eu des projets au cinéma. Je ne me suis pas encore tiré une balle dans le pied.

Quand on vous croise dans la rue, on dit « Mustii le chanteur » ou « Thomas Mustin qui a joué dans La Trève » ?
Ça dépend de l’endroit où je me trouve. La Trève revient très souvent, mais c’est logique. C’est l’effet télé. Cette série a eu un énorme retentissement et tous ceux qui y ont été impliqués en ont bénéficié. La Belgique, la RTBF, les acteurs et même Balthazar dont on entend la chanson The Man Who Own The Place dans le générique. Mais, ouf, des gens me disent aussi qu’ils m’ont vu dans les festivals et qu’ils aimaient bien.

Maintenant que l’album est sorti, vous allez lui consacrer combien de temps?
J’ai deux films déjà tournés qui sortent fin 2018/début 2019, mais je ne fais plus de casting avant l’année prochaine. Après la tournée en salle de cet automne, il y aura aussi les festivals l’été prochain. Et puis, je joue Hamlet, dans l’adaptation d’Emmanuel Dekoninck qui sera créée au Théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve du 12 au 27 mars. La pièce sera aussi jouée à Wolubilis et dans d’autres théâtres de la Fédération Bruxelles-Wallonie. Mon agenda est bien rempli.

Qu’est-ce qui vous fait le plus peur, la scène Mustii ou les planches avec Shakespeare?
Hamlet. Ça fait très peur de jouer du Shakespeare. D’un autre côté, quand tu es jeune comédien et qu’on te propose un tel rôle, tu ne peux pas refuser. Tu fonces. Ce qui est dingue, c’est qu’il y a plein de parallèles entre le Hamlet de Shakespeare et le personnage du 21 st Century Boy. Et comme par hasard, les deux projets se concrétisent en même temps.

Vous êtes l’un des rares artistes issus de la Fédération Wallonie-Bruxelles à être signé sur la major Warner Music. Quels critères ont guidé votre choix ?
Mon premier EP  est sorti sur le label indépendant Black Gizah Records (le label créé par Kid Noize - ndlr). Pour mon album, j’ai refait le tour des maisons de disques et je me suis laissé guider par mon feeling. Ce qui m’a plus chez Warner, c’est qu’hormis une attachée de presse francophone qui connaissait déjà mon projet, j’ai  été en contact avec des responsables flamands qui ignoraient tout de Mustii. Ils ont écouté mes nouvelles chansons sans tenir compte de mes antécédents : le EP, le concert du Cirque Royal, La Trève… Et ça leur a plu. J’aimais l’idée de repartir de zéro avec une nouvelle équipe. Et puis, ils m’ont offert aussi le coffret anthologique Five Years de Bowie. Ça a joué en leur faveur. En fait, je me suis laissé acheter (rires).

www.facebook.com/mustiimusic

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Mustii
21st Century Boy
Warner Music

En concert, le 7 décembre 2018 à Louvain-la-Neuve (complet)