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Interprète, académie de musique, avocat spécialisé, pop-rock, compositeur, instrumentiste...

Phoenician Drive

Carnet de voyage

Artistes Pop - Folk - Rock
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Réunis par les hasards de la vie, six musiciens imaginent d’improbables compromis sur le pavé bruxellois. Phoenician Drive, c’est un Chilien, trois Français – du Nord, du Sud et du Centre –, un Espagnol et un Belge éduqué entre Moscou et Budapest. Agencé autour de ces personnalités singulières et d’envies plurielles, le premier album du groupe sillonne le monde en quête de bonnes vibrations. Des Balkans au Moyen-Orient, de l’Asie à l’Occident, le rock transcontinental de cette troupe cosmopolite mélange flamenco et pulsions psychédéliques, jazz, surf, krautrock et références cinématographiques. 

Nicolas Alsteen

Phoenician Drive rassemble des musiciens venus d’horizons lointains. Quelle est l’origine de votre association ?
Matthieu Peyraud (basse, voix) 
: Moi, je suis Français. J’ai vécu à Lyon et Montréal où j’ai multiplié les expériences dans des groupes post-punk, new-wave, free-jazz ou noise rock. D’une ville à l’autre, j’ai besoin de me connecter à d’autres musiciens. C’est vital. En arrivant à Bruxelles, fin 2014, j’ai donc cherché à m’intégrer par le biais de la musique. Deux semaines après avoir posé mes bagages, j’ai rencontré le guitariste Valerian Meunier (ex-Moaning Cities - ndlr) et son colocataire, Diego Moscoso. Ce dernier arrivait du Chili et s’était mis en tête de réunir des musiciens qui ne se connaissaient pas...
Diego Moscoso (darbouka) : Je suis venu en Belgique pour poursuivre mes études. Pour moi, la musique est avant tout un moyen de sociabiliser. J’ai commencé de façon très hippie en tapant sur du djembé et des percussions africaines. Je me suis ensuite intéressé au jazz manouche, à la musique des Balkans et aux traditions klezmer. Un jour, j’ai décidé de me mettre sérieusement à la darbouka. Via mes études à La Cambre, j’ai suivi une formation avec un prof en Palestine. Ensuite, je suis parti en stop jusqu’en Ukraine pour parfaire mon apprentissage. De retour à Bruxelles, j’ai pris des cours de percussions chez Muziekpublique. Enfin, je suis parti avec ma darbouka en Macédoine, en Grèce et en Bulgarie.

Compte-tenu des origines cosmopolites du groupe et l’étendue de vos références, comment s’organise le processus créatif ?
M.P.:
En principe, une jam devrait suffire. Mais, dans notre cas, ça ne fonctionne pas. Nos six personnalités musicales sont bien trop éloignées les unes des autres. Phoenician Drive, c’est beaucoup de compromis. Pour composer, nous constituons d’abord des binômes afin d’élaborer la structure d’un morceau sans nous éparpiller. Ensuite, chaque musicien vient greffer ses idées sur la mélodie. Une fois que chacun est venu apporter sa pierre à l’édifice, nous répétons ensemble afin de peaufiner les arrangements. Avec l’expérience, nous avons compris que cette méthode de travail nous convenait. 
D.M.: Nous associons des musiques qui, à l’origine, n’entretiennent aucun lien. Quand l’un de nous propose une idée, il s’agit forcément d’un terrain inconnu pour les autres. Pour faire aboutir une compo, nous devons donc nous faire confiance et avancer dans le même sens. Cela passe par le dialogue. Dans le groupe, on se parle énormément, on s’écrit beaucoup. Du coup, la création nous prend du temps. En général, six mois sont nécessaires pour enregistrer un titre.

À l’avenir, pensez-vous accélérer cette cadence ?
D.M.:
Par le passé, les musiciens créaient au gré de leurs envies. Ils jouaient sans tenir compte d’un cahier des charges. La création artistique n’était pas tenue à des plannings. On prenait le temps de peindre, d’écrire un roman ou de composer une chanson. Les artistes d’alors n’étaient pas dans une course effrénée à la productivité. En cela, notre approche est datée. À une époque où tout doit aller vite, Phoenician Drive défend une optique artisanale. Notre façon de travailler n’est absolument pas commerciale. Pour notre entourage professionnel, cette lenteur est parfois frustrante. D’autant que nous sommes intransigeants par rapport à ce mode de fonctionnement.

Vu la complexité du processus créatif, quand avez-vous compris que l’album était en bonne voie ?
M.P.:
Dans le groupe, il y a trois guitares, un oud,  une basse et une darbouka. Cette richesse instrumentale fait notre force. Paradoxalement, c’est aussi notre grande faiblesse. Nous avons en effet une fâcheuse tendance à remplir l’espace. Chez nous, les orchestrations sont omniprésentes. Les moments de respiration sont rares. Ça peut s’avérer indigeste par moment. Au fil des mois, nous avons appris à nous laisser de la place, à gérer nos égos. Pour ça, le morceau Musselove est important. Il a vraiment marqué un tournant dans notre rapport à la composition. À partir de ce titre, nous avons pris nos marques.

En marge de la sortie de l’album, vous travaillez avec Wim Vandekeybus. Vous venez d’ailleurs de composer la musique de Trap Town, la dernière création du célèbre metteur en scène. Comment  cette collaboration a-t-elle vu le jour ?
M.P.:
On dit que Wim Vandekeybus n’aime pas qu’on lui souffle des idées. Dans notre cas, pourtant, il semble avoir capitulé en dernier recours face à l’obstination de son assistant. Ce dernier nous avait vus quatre fois en concert. La cinquième fois, il a réussi à convaincre Wim Vandekeybus de l’accompagner. Ce soir-là, nous avons joué un set acoustique qui n’était pas très représentatif de notre univers. Pourtant, le metteur en scène a accroché.
D.M.: Ces derniers jours, nous déménageons régulièrement nos instruments au KVS pour travailler en prise directe avec Ultima Vez, la troupe Wim Vandekeybus. Pour l’essentiel, nous avons étiré et ajusté des morceaux existants en vue de coller aux chorégraphies. C’est déjà incroyable de voir les danseurs interagir avec notre musique. Du reste, nous attendons de voir le spectacle dans sa globalité pour prendre la pleine mesure de notre intervention musicale.

Qui est l’enfant aux gants blancs sur la pochette de votre premier album ?
D.M.:
C’est moi, le jour de ma première communion. Quand je vais au Chili, je ramène des brols et quelques souvenirs d’enfance. Cette photo fait partie du lot. Le jour où je l’ai montré aux autres, ils étaient sous le choc. Alors, que pour moi, c’est banal. Au Chili, tout le monde possède un portrait comme celui-là. Via ce cliché, nous dénonçons la mise en scène. C’est comme un selfie. Sauf qu’ici, l’enfant n’a rien choisi. On lui impose un costume, une posture et un attirail.
M.P.: Dans le groupe, nous avons tout de suite aimé cette photo. Parce qu’un gamin de cet âge-là n’a aucun recul sur ce qu’il est en train de faire. La symbolique lui échappe complètement. Il pose de la sorte parce que l’adulte lui demande de le faire. Cette image est forte, un peu provocante. Elle critique le poids de la religion dans les sociétés, mais aussi toutes les idées reçues qu’on nous impose dès la naissance. Avec notre musique, nous essayons de démystifier cette pratique en mélangeant des sonorités à l’écart de leurs acceptations initiales. Qu’elles soient religieuses ou culturelles. Parce qu’au-delà de la technologie, peut-on encore créer quelque chose de neuf ? C’est une question qu’on se pose souvent. En attendant, nous associons des musiques préexistantes de façon différente.

www.facebook.com/phoeniciandrive

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Phoenician Drive
Phoenician Drive
EXAG' Records

sorti le 12 octobre 2018