i
Rechercher dans l'intégrale de la musique

Interprète, académie de musique, avocat spécialisé, pop-rock, compositeur, instrumentiste...

Alice on the Roof

Madame rêve

Artistes Pop - Folk - Rock
Alice on the Roof (c) Hellen Van Meene
Alice on the Roof (c) Hellen Van Meene

Sur le très attendu successeur de Higher, la Montoise invite pléthore d’hommes  pour mieux sublimer sa féminité. Elle chante en français et en anglais, mélange cordes et électro, malaxe pop solaire et ballades crépusculaires. Une manière de montrer qu’elle n’en fait plus qu’à sa tête. Et elle a bien raison, Alice.

Luc Lorfèvre

Après votre tournée Higher  et les deux D6bels Music Awards remportés en janvier 2017 (Album de l’année, Artiste féminine de l’année), vous avez complètement disparu des radars. Vous aviez besoin de retrouver vos repères ?
Alice Dutoit :
J’ai voulu prendre un peu de temps pour réaliser ce qui m’était arrivé au cours des deux années précédentes et réfléchir sereinement à la suite. Je me disais : Alice, le public t’a donné la chance de pouvoir faire un deuxième disque. Tu dois en profiter. Prends du recul et pose-toi les bonnes questions. Pendant la tournée Higher, je n’étais pas capable d’écrire des chansons en tournée. Au moment de me remettre au travail, je suis donc partie d’une feuille blanche. Au début, je me suis beaucoup cherchée. Ma seule certitude était de ne pas vouloir faire un copié/collé de Higher. Pour le reste, toutes les pistes étaient envisageables. J’ai commencé à travailler seule pendant deux mois dans un local qu’on me prêtait au stade de foot du R.A.E.C. Mons. Juste au-dessus de la buvette…  Et puis l’envie est venue de  m’entourer pour mieux m’émanciper. Mon premier album m’avait ouvert des portes et permis de rencontrer plein d’artistes talentueux. J’avais envie d’exploiter ces rencontres. Il y avait aussi au fond de moi des envies personnelles qui n’avaient pas été affranchies sur Higher. Tout simplement, parce que je n’osais pas…

La moitié des chansons de Madame sont interprétées en français. Comment s’est fait le déclic?
Le français, j’y pensais déjà, mais il y avait un manque de courage de ma part. En anglais, on peut se laisser plus facilement aller. On sait qu’il y a le filtre de la langue et que le public ne va peut-être pas tout comprendre. Par contre, en s’exprimant dans sa langue maternelle, il y a davantage une mise à nu. En janvier 2017, j’ai chanté en duo avec Vianney lors de la soirée de remise des D6bels Music Awards. Dans la loge, il m’a confié : J’aime ta voix et tout ce que tu fais, mais c’est dommage que tu n’essayes pas de chanter en français. Si tu veux, je peux t’aider. Vianney m’a mise en confiance. Il m’a invitée dans son home-studio en France en me demandant de ne pas venir les mains vides. Des maquettes que j’ai amenées de France, sont sorties quatre chansons dont trois se retrouvent sur le disque.  Madame, le morceau qui donne son titre à mon nouvel album, je l’avais écrit initialement en anglais. Avec l’aide de Vianney, c’est devenu une chanson en français.

Malade, une autre chanson écrite lors de ces sessions avec Vianney, a marqué votre retour en avril dernier. Qu’est-ce qui vous a motivée à en faire votre premier single?
Malade sonne comme une déclaration de foi. Cette chanson illustre tout le chemin et le travail que j’ai effectué sur moi-même ces deux dernières années. J’avais besoin d’être accompagnée pour que ça sorte. Vianney et moi sommes devenus très vite complices. Il s’est mis dans ma tête pour coécrire ce texte. Le message de Malade est simple : je refuse d’être mise dans une case et je m’accepte comme je suis. Une fois que c’est assumé, les choses deviennent plus naturelles. C’était important pour moi de le chanter en français. Malade est une prise de position tout comme l’est On My Own,  la toute première chanson que j’ai écrite pour cet album avec Marc Pinila et Dada (tous deux du groupe Suarez, déjà aux manettes de  l’album Higher - ndlr).  Elle évoque ma quête d’indépendance et de liberté.

Outre Malade, des chansons comme Madame ou T’as quitté la planète montrent un engagement féministe plus prononcé que sur Higher. Vous n’osiez pas écrire sur le sujet avant ?
Là aussi, je manquais de confiance en moi pour en parler de manière plus affirmée.  Sur Higher,  j’étais davantage dans le ton de la confidence amoureuse, réelle ou fictive, où j’évoquais la dépendance à l’autre. Je n’avais plus envie d’écrire là-dessus.  Grâce à ce qui m’est arrivé avec Higher, je sais que mon nouveau disque ne sera pas écouté seulement par ma mère ou mes amies. J’avais envie d’aborder des thèmes comme le féminisme sur un ton positif qui donne à la fois de la force et du courage aux auditrices. J’ai écrit T’as quitté la planète avec Matthew Irons de Puggy en janvier dernier au moment où la voix des femmes se libérait suite à l’affaire Weinstein.

Vous êtes victime de comportements machistes dans ce métier?
Je n’ai pas vécu personnellement de traumatisme violent en matière de harcèlement sexuel. Mais en tant que femme, je me sens constamment jugée sur le physique ou l’apparence extérieure. Trop souvent encore, je reçois des  conseils « pour être plus séduisante ». Ça ne part pas toujours d’une mauvaise intention, mais je n’ai pas non plus envie d’essayer de ressembler à une femme que je que ne suis pas. Quand je me regarde dans la glace, je ne vois pas Julia Roberts. Je me vois moi et je suis très contente comme ça.

Pourquoi  ne pas avoir enregistré tout votre album en français ?
Parce que j’aime toujours l’anglais. C’est la langue de la pop.  Je parle anglais. J’ai vécu un an aux États-Unis, je regarde toutes les séries américaines en version originale, j’écoute plein d’artistes anglo-saxons. Ça fait partie de ma culture. Je ne voulais pas choisir et puis j’avais aussi envie d’élargir le cercle des collaborations. J’ai enregistré quatre chansons en anglais dans le studio londonien de l’artiste Fyfe (Paul Dixon) dont je suis fan. C’est un personnage lunaire, torturé, bref un peu le contre-pied de Vianney qui est plus solaire. Pour les arrangements de cordes, j’ai eu la chance de travailler avec Robe Moose qui a collaboré aux albums de Bon Iver et de Perfume Genius. C’est le top du top.

Et puis il y a cette reprise improbable de Cloclo avec Arno.
Pure FM m’a demandé de faire une cover pour l’une de ses émissions et j’ai pensé à Arno pour Le Téléphone Pleure de Cloclo. Il a accepté quand on lui a dit qu’il pouvait chanter la partie de la petite fille et que moi j’allais faire faire le papa. Après la session Pure, nous avons réenregistré Le Téléphone Pleure pour l’album. Arno fait partie de la famille. Il apparaît aussi dans le clip de Malade avec Vianney et mes grands-parents.

www.aliceontheroof.com

----

Alice On The Roof
Madame
[PIAS]