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Interprète, académie de musique, avocat spécialisé, pop-rock, compositeur, instrumentiste...

Claire Laffut

Un énorme mojo

Artistes, Projet solo (musiques actuelles) Pop - Folk - Rock
Claire Laffut (c) Sarah Schlumberger
Claire Laffut (c) Sarah Schlumberger

Peintre et mannequin, la petite Namuroise de Paris monte le son et se met à la chanson. Aussi frais et insouciant qu’un amour adolescent, son Mojo libère quatre ritournelles sucrées et sexy à siffler sous la drache ou sous la douche. À 24 ans, Claire Laffut met la pop en émoi en fredonnant toute la vérité. 

Nicolas Alsteen

Sans le savoir, Claire Laffut est née le bon jour. Pile-poil pour la Fête de la Musique. Mais avant de célébrer les notes avec fracas, la Namuroise a grandi dans deux maisons situées dans la même rue. Mes parents ont divorcé sans trop s’éloigner, sourit-elle. C’était pratique. Dès que ma mère me tapait sur le système, je me sauvais chez mon père, où je jouais dans le jardin avec Blake, mon grand chien blanc. À Moustier-sur-Sambre, l’ambiance varie d’une bicoque à l’autre. Ma mère écoutait Cesária Évora et Serge Gainsbourg sans jamais pousser le volume. Mon père, au contraire, met systématiquement la musique à fond. C’est un gros collectionneur de disques. Ses goûts vont de la techno à Fela Kuti. Il est fan de Duran Duran aussi. Chez lui, il y a deux platines et un grand bar. C’est l’antre de la fête. Musicalement, j’essaie d’entretenir sa curiosité. Récemment, j’ai découvert Saâda Bonaire, un trio allemand qui pratique une forme de disco-funk arabisant. C’est très bon. Là, je viens d’écouter Vivien Goldman, une journaliste spécialisée dans le reggae qui, en quelques chansons, est devenue une figure culte de la scène post-punk. À l’école, entre une dictée et deux soustractions, Claire Laffut dessine tout ce qui lui passe par la tête. Plaisir obsessionnel, puis compulsif, le trait de crayon se mue bientôt en coup de pinceau. Elle peint d’abord sur des tables, avant de se mettre à la toile, puis aux corps avec Laclaire, sa marque de tatouages éphémères. À 17 ans, l’ado tombe amoureuse d’un Bruxellois et s’installe dans la capitale. Mais la romance tourne court. Le cœur brisé, elle embarque son chagrin à bord d’un train pour Paris. Je me suis réfugiée chez mon amie Charlotte Abramow (connue pour ses clichés ultra colorés d’Angèle – ndlr) qui commençait ses études aux Gobelins, une école spécialisée dans les métiers de l’image. Les deux filles se connaissent depuis quelques années. Charlotte est tombée sur mon profil Facebook en cherchant des visages à photographier. Depuis, nous sommes inséparables. Après quelques semaines chez sa copine, Claire Laffut mène une vie nomade, sillonnant les différents arrondissements parisiens au gré des bons plans et divans vacants. Pour survivre dans la jungle urbaine, elle vend ses dessins dans des galeries et s’essaie au mannequinat. Certains jours, je n’avais rien à manger. C’était compliqué. Mes parents me faisaient confiance, mais financièrement, je devais tirer mon plan.

Éboueuse, sage-femme ou politicienne

La musique entre dans la vie de Claire Laffut sur un coup de foudre. J’ai rencontré un batteur qui m’a invité au concert de son groupe. Le soir même, le musicien lui file un autre rencard. Cette fois, il m’a donné rendez-vous dans leur local de répétition. Mais quand je me suis pointée, leur chanteur s’était barré, raconte-t-elle. Pour rigoler, j’ai attrapé le micro et me suis mise à chanter n’importe quoi. J’ai tout de suite senti que ça me plaisait. En se lançant dans la chanson, Claire Laffut se promet d’être honnête. Cela impliquait de dire la vérité. J’ai donc essayé de décrire ce terme. Il est fort relatif, parce qu’il varie dans le temps. Quand j’étais enfant, par exemple, je prenais pour argent comptant tout ce que je voyais à la télé. Plus tard, j’ai découvert qu’une relation amoureuse existait dès que la vérité de l’un coïncidait avec celle de l’autre. Les paroles du morceau Vérité peuvent sembler cryptiques mais, pour moi, elles sont authentiques. Si ce tube en or massif a révélé Claire Laffut, il lui arrive pourtant de mentir. Dès que je prends un taxi, je m’invente des vies, confie-t-elle. Je raconte n’importe quoi aux conducteurs. Je n’ai aucune raison de partager mon intimité avec eux. Alors, je deviens éboueuse, sage-femme, jardinière ou politicienne. J’adore étudier la réaction des gens. Certaines professions suscitent vraiment d’étranges questions. En musique, je dis toute la vérité. Mais dans un taxi, je suis une véritable mythomane.

En français dans le texte, les quatre titres du premier EP de Claire Laffut flirtent avec la new wave, la culture pop ou le reggae. Voix d’ange, la chanteuse diffuse ses bonnes ondes et affronte les mauvais esprits à grand renfort de mélodies extraverties. Dans Gare du Nord, elle évoque notamment la dépendance à la drogue. J’ai écrit ce morceau pour ma sœur qui est tombée là-dedans très tôt. Dans les paroles, j’aborde les peines associées à l’enfance : des blessures que se trimballent encore la plupart des adultes. Tout ça est assez personnel. Décrire des situations fictionnelles, ce n’est pas mon truc. La chanson Mojo, quant à elle, voit son titre trôner sur la pochette du EP. Le jour où ce mot est arrivé, nous étions en galère dans le studio avec mon producteur Tristan Salvati (Louane, Angèle - ndlr). Les prises de voix étaient moisies, la météo pourrie. On s’est dit qu’il valait mieux rentrer chez nous parce que le mojo n’y était pas. En entendant ce mot, j’ai demandé de prolonger la session. Le morceau est né comme ça, dans l’instant. Pour moi, le mojo, c’est une forme d’énergie : un rayonnement ultra positif. Pour ça, rien à dire, Claire Laffut connaît la chanson.

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Claire Laffut
Mojo
Universal